Déclaration sur les devoirs envers les langues et le langage

Télécharger le texte de la
Déclaration sur les Devoirs envers les Langues et le Langage
(format PDF)

lundi 6 avril 2009

Adresse aux aventuriers d’aujourd’hui

Il y a, depuis 1789, une Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui joue un rôle d’importance, à travers le monde entier, comme arme éthique, intellectuelle et juridique dans les combats contre violences et injustices. Il y aura, au XXIe siècle, une Déclaration Universelle des Devoirs envers les Langues et Cultures.

Pourquoi ?

- Parce que la prolifération, sur toute la planète, des luttes ethniques (tribales, régionales, nationales) montre bien qu’il faut que la communauté internationale se dote d’une arme juridique pour les contenir, sinon les éradiquer ;

- Parce que ces luttes, qui empoisonnent les rapports entre les hommes dans le monde entier, sont la conséquence de la négation, plus ou moins violente selon les régions, d’identités collectives constituées par des langues, et des cultures au sens fort (comprenant les religions) ;

- Parce que ce qui fait la force de la Déclaration des Droits de l’Homme, à savoir qu’elle ne considère que des individus pris isolément de leurs diverses appartenances (ethniques, linguistiques, sociales, religieuses) pour les traiter à égalité sur le plan de l’éthique et du droit, est aussi ce qui fait sa faiblesse : elle ne peut pas agir sur les droits collectifs ;

Lire la suite...

Introduction d'Henri Meschonnic

Le préambule de la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen » de 1789 tenait à rappeler « à tous les membres du corps social (…) sans cesse leurs droits et leurs devoirs ». À voir le monde aujourd’hui, il n’y a rien de changé, sinon que, comme le disait ce préambule, « l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme » se sont beaucoup aggravés. Mauvais état général des sociétés.
D’où l’urgence d’inventer un rapport entre l’éthique et la politique qui est encore une utopie. Le paradoxe du langage est que c’est par lui, par lui seul que peut passer ce rapport. Or c’est le lieu d’une méconnaissance maximale. Et par le langage, j’entends la fonction d’expression de la pensée, et une langue est un système social de signes. Les implications ne sont pas les mêmes.
Défendre le langage ? Mais il n’est pas attaqué. C’est pire : il est méconnu sans même qu’on le sache. Mais comment ? Avec tant d’études et de savoir. Justement, c’est ce qui est paradoxal, tout ce savoir ne sait pas qu’il produit de l’ignorance, une ignorance spécifique, et il empêche de la savoir. Question de point de vue. Il y a un point aveugle dans le statut du langage, et ce point est vital. En quoi ce n’est pas le langage qui est menacé, c’est chacun de nous.

Lire la suite...